Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

manger de la vache enragée [v]

vivre dans la misère ; mener une vie de dures privations ; avoir une vie matérielle difficile

Origine et définition

De nos jours, la vache folle () est devenue un problème préoccupant pour la santé.
Qui sait ? Peut-être que vous ou moi avons déjà une multitude de petits prions vigoureux qui grouillent dans notre cerveau et qui le grignotent lentement mais sûrement ? Mais vu le rythme auquel ils travaillent, nous ne le saurons que dans quelques années, si la grippe aviaire ou le virus Ebola (entre autres) nous épargnent d'ici là[1].
Quoi qu'il en soit, bien avant que l'homme ne joue aux apprentis sorciers avec la nourriture des animaux, il y avait déjà la vache enragée.
Cette expression date en effet du XVIIe siècle sous la forme "manger la vache enragée".
Les gens très pauvres n'étant pas vraiment regardants sur la nourriture, ils pouvaient être amenés à manger des animaux écartés de la consommation normale pour des raisons d'hygiène ou de maladie.
Ce serait ensuite le mélange de "mener une vie enragée" propre à ceux qui doivent lutter pour arriver à survivre et "manger de la vache malade" qui aurait donné naissance à notre expression.
[1] Bon, faut pas paniquer non plus ! Entre les chauffards, les tremblements de terre, les attentats ou les artères bouchées, on a bien d'autres raisons de passer de l'autre côté. Sans compter le futur changement accéléré du climat qui nous attend, auquel expressio contribue un peu (votre ordinateur et le mien qui tournent inutilement et consomment de l'électricité, participant ainsi très indirectement à l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère), et qui va nous amener une cohorte de soucis dont on n'a pas encore idée (dont, peut-être, nous obliger à manger de la vache enragée).
N'oubliez pas : carpe diem !

Compléments

De nos jours, par méconnaissance de l'origine de l'expression et parce son sens semble évident, beaucoup de gens croient à tort que cette expression signifie quelque chose comme "être très énervé (ou excité)" ou "être de mauvaise humeur", comme si le fait de manger un animal lui-même excité (par la rage) transférait les symptômes chez le mangeur.

Exemples

« (…) madame Balzac installa Honoré dans une mansarde, en lui allouant une pension suffisante à peine aux plus stricts besoins, espérant qu'un peu de vache enragée le rendrait plus sage. »
Théophile Gautier - Portraits contemporains

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand am Hungertuch nagen ronger du tissu de faim
Allemand von der Hand in den Mund leben vivre de la main dans la bouche
Anglais to have a rough time of it en avoir un temps de dur, difficile
Anglais to live hand to mouth vivre de la main à la bouche
Espagnol (Espagne) pasarlas canutas traverser une situation difficile
Espagnol (Espagne) passar-la magra la passer maigra
Espagnol (Mexique) andar con una mano delante y otra atrás être avec une main devant et une main derrière
Espagnol (Espagne) pasar las de Caín traverser celles de Caïn
Espagnol (Espagne) era de vacas flacas epoque de vaches maigres
Espagnol (Espagne) apretarse el cinturón se serrer la ceinture
Espagnol (Argentine) no comer mas que pan duro ne manger que du vieux pain
Français (Canada) être tout nu dans la rue
Hongrois máról holnapra él vivre d’un jour à l’autre
Hébreu חי חיי עוני ודוחק vivre dans la pauvreté et exhorter
Italien mangiare pane e cipolle manger du pain et des oignons
Italien tirare la cinghia tirer la ceinture
Italien vivere di stenti vivre de privations
Néerlandais droog brood eten manger du pain sec
Néerlandais op een houtje bijten mordre sur un bout de bois
Néerlandais in de merode zitten être dans les problèmes, sans argent, pauvreté
Néerlandais een hondenleven hebben avoir une vie de chien
Néerlandais (Belgique) op zijn kin kloppen se taper sur le menton
Néerlandais de buikriem aanhalen tirer/serrer la ceinture
Néerlandais de broekriem aanhalen tirer la ceinture
Néerlandais (Belgique) van de hand in de tand leven vivre de la main sous la dent
Néerlandais (Belgique) op droog zaad zitten être assis sur de la semence sec
Néerlandais (Belgique) geen nagel hebben om aan zijn gat te krabben n'avoir de clou pour se gratter le cul
Polonais goły jak święty turecki nu comme un saint turc
Portugais (Brésil) Comer da banda podre manger de le morceau pourri
Portugais (Brésil) comer o pão que o diabo amassou manger le pain que le diable a pétri
Roumain a manca si cacat daca este nevoie manger de la merdre s'il faut
Roumain a nu avea nici dupa ce bea apa ne pas avoir d'où boire de l'eau
Roumain a sta cu dinţii la stele rester les dents aux étoiles
Roumain a strange cureaua tirer la ceinture
Roumain a trage mâţa de coadă tirer le matou par la queue
Roumain a trai de pe azi pe maine vivre d'aujourd'hui à demain
Russe polojit zoubis na polkou-? mettre des dents sur la planche. N'avoir rien a se mettre sous la dent
Turc meteliğe kurşun atmak n'avoir aucun revenu
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « manger de la vache enragée » Commentaires

  • belteigneuse
    11/11/2013 à 13:17*
    DRÔLE DE VACHITUDE
    Alice-aux-pieds-légers, aux naseaux une fleur,
    Allait broutant à travers la verte campagne,
    Gambadant et folâtrant avec ses compagnes,
    Elle ne connaissait ni la faim ni la peur.
    Elle mirait dans l’eau son beau pelage noir,
    Mâchonnait, placide, de gros bouquets de menthe,
    Et lâchait, flegmatique, des bouses odorantes,
    Elle ne se savait pas promise à l’abattoir.
    On mit dans sa mangeoire une pâtée infâme,
    On l’engrossa, puis on lui vola son petit,
    Elle n’était rien qu’une machine sans âme,
    Allaitant les humains de ses généreux pis.
    Puis, elle tomba malade et on la conspua,
    « Mort aux vaches », s’écrièrent ses tortionnaires
    Enragés. « N’empoisonnait-elle pas la terre
    Entière ? » On la massacra et on la brûla.
  • Utilisateur supprimé
    11/11/2013 à 15:24
    • En réponse à belteigneuse #101 le 11/11/2013 à 13:17* :
    • « DRÔLE DE VACHITUDE
      Alice-aux-pieds-légers, aux naseaux une fleur,
      Allait broutant à travers la verte campagne,
      Gambadant et folâtrant avec s... »
    Bravo...et si nous nous enragions POUR les vaches comme les Bretons contre l’écotaxe, si nous arrêtions de manger du boeuf et surtout du veau...
  • SyntaxTerror
    11/11/2013 à 17:30
    • En réponse à belteigneuse #101 le 11/11/2013 à 13:17* :
    • « DRÔLE DE VACHITUDE
      Alice-aux-pieds-légers, aux naseaux une fleur,
      Allait broutant à travers la verte campagne,
      Gambadant et folâtrant avec s... »
    Magnifique comme d’habitude.
    J’ai juste eu peur, à la fin, qu’on donne son cadavre en pâture (au choix) aux poulets, aux porcs ou aux saumons.
  • <inconnu>
    11/11/2013 à 18:01*
    France, 1914.
    Une patrouille allemande arrive. Le type crie : Les chleuhs ! Les chleuhs !
    Et sa partenaire lui répond : quand même pas devant tout le monde !
  • LuluBerlu
    11/11/2013 à 18:12*
    Quand on voit, comme cela m’est arrivé récemment dans l’Avesnois, un taureau qui se promène avec un parapluie et qui fait attention à ne pas salir ses sabots vernis à hauts talons quand il marche dans “la berdouille”, on pourrait croire que l’on a affaire à une vache folle...
    D’autant plus que sa femme, la semaine dernière, ne s’est pas fait mettre un doigt, mais un bras entier par l’inséminateur et qu’elle va avoir droit à un test de grossesse dans quinze jours.
    Après l’hiver quand elle aura accouché, on va lui prendre son gosse pour le manger, puis, elle se fera “peloter” les seins matin et soir pendant des années par des pervers qui boiront son lait...
    Et alors...
    elle n’a pas quelques bonnes raisons d’être enragée, la vache ?
    Avant qu’on ne la bouffe ?
  • SyntaxTerror
    11/11/2013 à 18:57*
    Tiens, je ne pensais pas que quelqu’un avait retrouvé ceci.
  • Paracas
    03/01/2016 à 04:20
    "L'tabac de la la vache enragée" ?....sans même aller vérifier je parie le Charles de Gaulle contre une épingle à nourrice que celui "d'Auprès de mon arbre" a déjà été mentionné ......
    Me trompe-je ?
    On va se rabattre sur la jolie fleur se cachant sous une peau de vache.
    En effet, c'est alors qu'il bouffait de la vache enragée impasse Florimont qu'il s'enticha de Jo, une pauvresse pas mieux lotie que lui.
    Il devint raide dingue de la belle mais un jour il découvrit qu'elle faisait commerce de ses charmes du côté de la Madeleine.
    Ne voulant pas grossir les rangs des cocus systématiques, il s'éloigna de la belle et en fut fort malheureux.
    Voilà l'histoire de deux paumés du vieux Paris de l'immédiat après guerre......
    Bon, mine de rien et de crayon on est déjà le trois et non seulement dans 363 levers de soleil on passe en 2017, mais en plus c'est dimanche et on va avoir droit aux croissants....alors je prépare le café, y aura plus qu'à le mettre en route....
  • Paracas
    03/01/2016 à 04:33*
    participant ainsi très indirectement à l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère

    Turlutu chapeau pointu, qu'on arrête de nous emmerdavouiller, nous culpabiliser et nous prendrepourdesconniser avec ces cagades......
    En bons cons-tribuables on vient de se farcir la facture de la COP21 que soit disant c'est un succès et qu'on va baisser les Celsius (ou les Phares et nights) du réchauffement des clématites......
    Et depuis on a eu Hollande qu'est descendu voter à Tulle en jet privé, les stations en manque neige qui se la font livrer en hélico et les boues rouges de Pechiney au large de la Ciotat qu'on peut rien faire sinon l'usine ferme et on se retouve avec un tas de chomeurs en plus .......
    A un an des élections on va pas prendre de risque, on va continuer à polluer.....
    Alors qu'on vienne pas me faire un caca nerveux parce que mon ordi consomme un petit peu d'électricité fut elle nucléaire......
    et pissétou......
    -_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-_-
    - Mais qu'est ce qu'il a Bouba, il a bouffé de la vache enragée ?
    - Mais non, bouffer de la vache enragée ça veut dire "être dans la mouise" ça veut pas dire "péter le boulard"..
    J'sais c'qu'il a moi......marre qu'on le prenne pour une bille sans doute....
    Tu viens prendre un café ?
  • Utilisateur supprimé
    03/01/2016 à 06:03*
    • En réponse à Paracas #107 le 03/01/2016 à 04:20 :
    • « "L'tabac de la la vache enragée" ?....sans même aller vérifier je parie le Charles de Gaulle contre une épingle à nourrice que celui "d'Aupr... »
    non seulement dans 363 levers de soleil on passe en 2017

    Non, à l'heure où tu écris il faut encore 364 levers de soleil pour arriver à l'an 2017 :
    Dans 1 lever de soleil nous serons encore aujourd'hui le 3e jour de 2016.
    Dans 2 levers de soleil nous serons le 4e jour de 2016.
    Dans 364 levers de soleil nous serons le 366e jour de 2016 puis aussi le 1er jour de 2017.
    2016 est une année bissextile, te voilà dans de beaux draps...
    Et si, par métaphore, on considère un lever de soleil comme un jour, le raisonnement devient celui-ci avec le même résultat :
    Dans 1 lever de soleil nous serons le 4e jour de 2016.
    Dans 2 levers de soleil nous serons le 5e jour de 2016.
    Dans 363 levers de soleil nous serons le 366e jour de 2016.
    Dans 364 levers de soleil nous serons le 1er jour de 2017.
    Te voilà pour la deuxième fois dans de beaux draps, 2016 est bien une année bitextile...
  • Utilisateur supprimé
    03/01/2016 à 06:11
    • En réponse à Paracas #108 le 03/01/2016 à 04:33* :
    • « participant ainsi très indirectement à l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère
      Turlutu chapeau pointu, qu'on arrête de nous emmerdavouiller... »
    Mais qu'est ce qu'il a Bouba, il a bouffé de la vache enragée ?

    Non, il a bouffé du lion.
  • Paracas
    03/01/2016 à 07:37*
    Si tu veux mon z'ami, si tu veux.
    On voit le soleil se lever en moyenne entre 20 et 30.000 fois dans une vie alors on va pas se chopper un gros testicule à l'encéphale pour un jour de plus ou un jour de moins....
    Tiens, j'ai pas fait "réponse au 109"..... Mais vous l'aurez compris...
  • Paracas
    03/01/2016 à 07:56*
    Ah on a aura bouffé de la vache enragée à essayer* d'emballer avec ses slows........
    C'était dans le dernier quart du siècle passé, on était jeunes, on était beaux, on était fous.....(soupir..)
    Je vais pas compter les jours sinon Mintaka me pète un cable....
    * J'ai bien dit "essayer" parce que ça marchait pas toujours......Va savoir pourquoi....😐
  • Utilisateur supprimé
    03/01/2016 à 08:34*
    • En réponse à Paracas #112 le 03/01/2016 à 07:56* :
    • « Ah on a aura bouffé de la vache enragée à essayer* d'emballer avec ses slows........
      C'était dans le dernier quart du siècle passé, on était... »
    Pour te réconforter : le 1er janvier 2017 sera un dimanche. Le plus sage serait de déjà mettre les croissants de côté. (Pour le ketchup, pas de problème).
  • gonalzako
    03/01/2016 à 09:06
    Mon grand-père, qui avait fait la guerre de 14-18 (moi, mon colon, celle que j'préfère...) utilisait couramment cette expression.
    Dans la même veine, quand il nous voyait, nous ses petits-enfants, faire un peu les difficiles, il grommelait "On voit bien que vous n'avez pas été mis en condition !".
    Personne n'a jamas osé, vu les gros yeux qu'il roulait, lui demander comment lui avait été mis en condition...
  • le gone
    03/01/2016 à 09:06
    En ces années de vaches folles je vous présent mes meilleurs boeufs !
  • le gone
    03/01/2016 à 09:09
    • En réponse à gonalzako #114 le 03/01/2016 à 09:06 :
    • « Mon grand-père, qui avait fait la guerre de 14-18 (moi, mon colon, celle que j'préfère...) utilisait couramment cette expression.
      Dans la mê... »
    Chez moi, quand je tordais du nez sur un plat ou un autre, mon père disait "huit jours sous une tôle et tu en mangera" mais quelle tôle ? j'sais pas !
  • Enkidou
    03/01/2016 à 09:12
    [...] Il mangea de cette chose inexprimable qu'on appelle de la vache enragée. Chose horrible, qui contient les jours sans pain, les nuits sans sommeil, les soirs sans chandelle, l'âtre sans feu, les semaines sans travail, l'avenir sans espérance, l'habit percé au coude, le vieux chapeau qui fait rire les jeunes filles, la porte qu'on trouve fermée le soir parce qu'on ne paye pas son loyer, l'insolence du portier et du gargotier, les ricanements des voisins, les humiliations, la dignité refoulée, les besognes quelconques acceptées, les dégoûts, l'amertume, l'accablement. [...] A ce moment de l'existence où l'homme a besoin d'orgueil parce qu'il a besoin d'amour, il se sentit moqué parce qu'il était mal vêtu, et ridicule parce qu'il était pauvre. A l'âge où la jeunesse vous gonfle le cœur d'une fierté impériale, il abaissa plus d'une fois ses yeux sur ses bottes trouées, et il connut les hontes injustes et les rougeurs poignantes de la misère.
    C'est de Victor Hugo, dans Les Misérables, au chapitre 1 du Livre cinquième
  • joseta
    03/01/2016 à 09:18
    Normalement le jumelage de villes entre l'Italie et la France, c'est quelque chose de gentil...sauf un qui est plutôt vache: Gênes-Nice.
  • Utilisateur supprimé
    03/01/2016 à 09:24
    • En réponse à le gone #115 le 03/01/2016 à 09:06 :
    • « En ces années de vaches folles je vous présent mes meilleurs boeufs ! »
    Veilleurs meuh !
  • le gone
    03/01/2016 à 09:25
    • En réponse à Enkidou #117 le 03/01/2016 à 09:12 :
    • « [...] Il mangea de cette chose inexprimable qu'on appelle de la vache enragée. Chose horrible, qui contient les jours sans pain, les nuits s... »
    Du même auteur un superbe poème "les pauvres gens"