Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

prendre au mot [v]

accepter une proposition faite par quelqu'un qui ne pensait pas être pris au sérieux

Origine et définition

Voilà une expression qui date de la fin du XVe siècle.
À cette époque, le substantif 'mot' y était compris comme ayant le sens de 'offre de prix' (utilisé comme tel dans "La farce de maître Pathelin" )[1] et la locution voulait dire "accepter l'offre faite par quelqu'un".
Son sens a depuis évolué vers une signification proche de "prendre quelqu'un à ses propres paroles" où la personne qui fait une proposition en n'imaginant pas du tout qu'elle puisse être prise en compte se fait piéger par l'acceptation de ses interlocuteurs.
Autrement dit, on accepte son offre (qui n'est plus seulement une offre de prix) tout en sachant pertinemment que ce n'en était pas réellement une ou qu'elle n'avait pas été faite pour être prise au sérieux.
Par extension, on l'emploie aussi lorsque quelqu'un 'gobe' une fausse information qu'il a lue ou entendue. C'est alors celui qui prend au mot ce qu'il lit ou entend qui se fait piéger.
[1] D'ailleurs, avec le même sens, "c'est votre dernier mot ?" (à la fin du XVIIIe) n'était aucunement une question rituelle d'un certain Jean-Pierre cathodique ; elle avait simplement pour but de demander si c'était la dernière offre de prix proposée.

Exemples

« (…) il n'était pas fâché qu'on ne l'eût pas pris au mot, et qu'on insistât pour lui fournir les garanties qu'il ne réclamait pas. »
Jules Romains - Les hommes de bonne volonté
« (…) comme ces erreurs étaient toujours accompagnées de menaces de sanctions épouvantables s'il ne payait pas dans les trois jours, il voyait le gaz coupé ou la saisie, et n'avait de cesse qu'il se fût expliqué de vive voix avec des employés qui se moquaient de lui, pour avoir pris au mot les ultimatums de l'imprimé. »
Henry de Montherlant - Les célibataires

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand beim Wort nehmen prendre au / par le mpt
Anglais take someone at their word prendre quelqu'un à leur mot
Anglais take your word prenez votre parole
Arabe (Maroc) aatah ala qad foumou il lui a répondu de la taille de sa bouche
Chinois dire
Espagnol (Espagne) coger la palabra a alguien prendre le mot à quelqu'un
Espagnol (Argentine) tomar las cosas al pie de la letra prendre les choses à la lettre
Espagnol (Espagne) Tomarle la palabra a alguien Prendre la parole à quelqu'un (= Prendre quelqu'un au mot)
Espagnol (Espagne) tomar la palabra prendre la parole
Français (Canada) croire quelqu'un sur parole croire quelqu'un sur parole
Hongrois szaván fog vkit prendre qqn au mot
Hébreu להאמין (lehaaminn) croire
Hébreu תפס אותו בלשון il l'a pris par la langue
Italien prendere di parola prendre de parole, au mot
Italien prendere in parola prendre en parole
Néerlandais op zijn woord geloven lui crois au son mot
Néerlandais iemand op zijn blauwe ogen geloven croire quelqu'un puur ses heus bleus
Néerlandais iemand aan zijn woord houden tenir quelqu'un à son mot
Néerlandais iets letterlijk nemen prendre quelque chose littéralement
Polonais brać za słowo prendre au mot
Portugais (Brésil) acreditar na palavra de croire à la parole de
Roumain a lua în serios prendre au sérieux
Roumain a crede pe cuvant croire sur mot
Roumain a o lua ca atare la prendre telle quelle
Roumain a o lua de buna la prendre comme bonne
Roumain crede pe cuvânt prenez votre parole
Russe ловить кого-то на слове attraper quelqu'un au mot
Russe поймать на слове prendre au mot
Russe поймать на слове prendre au mot
Serbe drzati nekoga za reč tenir quelqu'un au mot
Slovaque vzia? koho za slovo prendre au mot
Suédois ta någon på orden prendre quelqu'un aux mots
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Commentaires sur l'expression « prendre au mot » Commentaires

  • syanne
    01/08/2019 à 13:21*
    • En réponse à Clitocybe #100 le 01/08/2019 à 13:11 :
    • « Ces mots perdus par la mémoire de ma mère
      Et soudains revenus dans la bouche des tout-petits…
      Quelle puissance dans ces deux derniers vers,... »
    Merci de me signaler ma faute ! Culpissima mea. Je bats ma coulpe, et m'en vais la corriger de ce pas.
    Mais, fine mouche, tu en garderas la trace... 🙂
    (Cela dit, il eût suffi de deux virgules pour que l'adverbe devienne adjectif : "Et, soudains, revenus...")
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 14:10
    • En réponse à syanne #101 le 01/08/2019 à 13:21* :
    • « Merci de me signaler ma faute ! Culpissima mea. Je bats ma coulpe, et m'en vais la corriger de ce pas.
      Mais, fine mouche, tu en garderas la... »
    Y a pas faute en ce dont il me concerne. J’aime bien triturer la langue et pourquoi pas des adverbes au pluriel? Épater les mouches, me diras-tu? (arracher les pattes des mouches) Ça fait grincer les grincheux, mais on s’en branle. La liberté n’est pas que de chair, elle est aussi du verbe.
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 14:33
    • En réponse à syanne #101 le 01/08/2019 à 13:21* :
    • « Merci de me signaler ma faute ! Culpissima mea. Je bats ma coulpe, et m'en vais la corriger de ce pas.
      Mais, fine mouche, tu en garderas la... »
    Oui, on pourrait même en faire un verbe, et les mouches n'y verraient que du feu (luciole): soudainer (arriver à l'improviste).
    V'là que la parenté me soudaine, moi qui partait en vacances!
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 15:06*
    • En réponse à Clitocybe #103 le 01/08/2019 à 14:33 :
    • « Oui, on pourrait même en faire un verbe, et les mouches n'y verraient que du feu (luciole): soudainer (arriver à l'improviste).
      V'là que la... »
    Moi qui partais ! 😄 Était-ce voulu ?
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 15:09
    • En réponse à syanne #101 le 01/08/2019 à 13:21* :
    • « Merci de me signaler ma faute ! Culpissima mea. Je bats ma coulpe, et m'en vais la corriger de ce pas.
      Mais, fine mouche, tu en garderas la... »
    Et pourquoi n'y a-t-il pas de pluriel aux virgules ?
  • chirstian
    01/08/2019 à 15:15
    ces mots comme des bonbons qui piquent la langue et changent de couleurs
    Voilà ce que je voulais dire.
    Flute et zut : Syanne a déjà pris les mêmes mots, avec les mêmes lettres, pour les mettre dans le même ordre ! Donc je plagiatte. C'est mal !
    Si je me contentais de prendre ses mots au pied de sa lettre, j'aurais bonne conscience. Prendre ses lettres dans ses vers à pieds, passerait aussi : tous les mots utilisent les mêmes ! Mais mettre les mots dans le même ordre : voilà le crime plagiaire .
    Alors que si j'écris : ces bonbons piquent la langue comme des couleurs qui changent de mots, je suis absous.
    Oui, mais aussi abscons, et je m'interroge : en renversant ainsi le u le abs ne devient-il pas préfixe ? 😐
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 15:24*
    • En réponse à Clitocybe #90 le 01/08/2019 à 06:45* :
    • « Spinoza ou Nietzsche, on est prêt à tout! »
    Je vous ferai quand même le petit cours sur Spinoza.
    (Désolée, je ne trouve pas un article en français)
    En 2012 quelques descendants des rabbins qui ont banni le libre penseur de la communauté juive à Amsterdam en 1655 étaient d’accord pour annuler le cherem (l’excommunication) contre lui...mais le grand rabbin contemporain n’était pas d’accord disant qu’il aurait fallu que Spinoza se soit repenti de ses hérésies devant la communauté. Comme le philosophe est resté incommunicado avec la dite communauté jusqu’à la fin de sa vie, d’une part il y a un cherem éternel, d’autre part un silence éternel. Le dernier mot? Égalité?
  • syanne
    01/08/2019 à 16:15*
    • En réponse à chirstian #106 le 01/08/2019 à 15:15 :
    • « ces mots comme des bonbons qui piquent la langue et changent de couleurs
      Voilà ce que je voulais dire.
      Flute et zut : Syanne a déjà pris les... »
    Oh, oui, Chirstian, j'te prends au mot
    (Qoique hétéro)
    Pique mes mots
    Mes mots qui piquent
    Les pique et les repique
    Dans ton jardin
    Parmi le trèfle
    Et les remue et les remets
    Vingt fois sur ton métier
    Hâte-toi lentement
    Change la phrase dans tous les sens
    (Rappelle-toi Monsieur Jourdain
    Et les beaux yeux de sa marquise
    De sa marquise les yeux beaux
    Qui d’amour le faisaient mourir
    Mourir qui le d’amour faisaient…)
    Pique mes mots, emporte-les dessus la lune
    Et sois absous
    Il y a bien des pique-fleurs
    Des pique-feu
    Des pique-notes
    Des pique-nique…
    (D’ailleurs j’ai oublié le copyright)
  • syanne
    01/08/2019 à 16:18*
    Et tu auras remarqué que je n'ai abusé ni des adverbes, ni des adjectifs, ni au singulier, ni au pluriel...
    ("Trop d'adjectifs", disait en substance Willy à Colette en lisant les Claudine par-dessus son épaule, "aurais-je épousé la dernière des lyriques ?")
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 16:26
    • En réponse à Utilisateur supprimé #107 le 01/08/2019 à 15:24* :
    • « Je vous ferai quand même le petit cours sur Spinoza.
      (Désolée, je ne trouve pas un article en français)
      En 2012 quelques descendants des r... »
    Quel concept, ce cherem, un peu comme l’excommunication pour les catholiques.
    The more serious the sin, the more serious the discipline.
    Hors de l’Église, point de Salut!
    J’ai vivu (du verbe vivoir) toutes mes premières et précieuses années sous ces diktats. Comment encore être croyant, hrmmm? Je les prends aux maux.
    Tu t’imagines Spinoza parmi nous en train de discuter le bout de gras, et le père Rabelais qui ramène sa faconde et son Bérurier. Eh ben, avec quelques compagnes accortes, on nage dans le bonheur presqu’absolu, le bonheur extrême étant d’être assis sur les genoux de God.
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 16:37*
    le mot et la chose
    Attend-elle être prise au mot...
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 16:37*
    • En réponse à syanne #108 le 01/08/2019 à 16:15* :
    • « Oh, oui, Chirstian, j'te prends au mot
      (Qoique hétéro)
      Pique mes mots
      Mes mots qui piquent »
    Si je te prends aux mots, y a du labeur, J'étais habitué avec les gros Belges, le sillon allait tout droit (dans le mur qui s'effrite), mais bon, là c'est une autre paire de manches (pas à couilles). Déjà avec le père Chirstan (?) qui me chatouille la mandoline, va falloir que je sorte mes mots du dimanche, et surtout du samedi soir, vers minuit!
  • syanne
    01/08/2019 à 16:40*
    • En réponse à Clitocybe #110 le 01/08/2019 à 16:26 :
    • « Quel concept, ce cherem, un peu comme l’excommunication pour les catholiques.
      The more serious the sin, the more serious the discipline.
      Ho... »
    Bérurier « fils » de Rabelais ?
    De Gargantua frère de lait ?
    Ou bien le cousin de Panurge
    !Ah, non, jamais, je m’insurge
    Et ne peux pas te prendre au mot !
    "
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 16:47
    • En réponse à Utilisateur supprimé #111 le 01/08/2019 à 16:37* :
    • « le mot et la chose
      Attend-elle être prise au mot... »
    Ce texte me fait toujours penser à la chanson dans My Fair Lady de Lerner et Loewe chantée parfaitement par Julie Andrews...words words words words all I ever hear is words...show me!
    (les mots les mots c’est tout ce que j’entends...montre-moi!)
  • atheofv
    01/08/2019 à 16:56
    "Les clitocybes sont des champignons basidiomycètes de la famille des Tricholomataceae." dit on.
    Les tricholomes de la saint Georges, c'est bon mais... Un jour j'en ai fait une intox...
    je préfère les morilles.
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 16:58
    • En réponse à atheofv #115 le 01/08/2019 à 16:56 :
    • « "Les clitocybes sont des champignons basidiomycètes de la famille des Tricholomataceae." dit on.
      Les tricholomes de la saint Georges, c'est... »
    Mintaka aussi.
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 17:09
    • En réponse à syanne #113 le 01/08/2019 à 16:40* :
    • « Bérurier « fils » de Rabelais ?
      De Gargantua frère de lait ?
      Ou bien le cousin de Panurge
      !Ah, non, jamais, je m’insurge »
    L’abbaye de Thélème, mon rêve. Le prof, un moine franciscain, n’avait pas fini de prononcer le mot que j’y étais déjà. Et ce vieux français que tu nous ressuscites sonne à mon oreille comme matines d’un jour de soleil, comme ma vraie langue maternelle. Il avait vraiment rêvé la liberté, le bonhomme, dans un siècle ravagé par la guerre et les épidémies (comme toujours!) Encore un peu, il aurait pu être sélénite ou martien! Ça fait du bien, merci. Dis-nous où tu veux qu’on te grattule (rires).
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 17:26
    • En réponse à syanne #113 le 01/08/2019 à 16:40* :
    • « Bérurier « fils » de Rabelais ?
      De Gargantua frère de lait ?
      Ou bien le cousin de Panurge
      !Ah, non, jamais, je m’insurge »
    Youpee ! 😄
  • Utilisateur supprimé
    01/08/2019 à 17:59*
    • En réponse à atheofv #115 le 01/08/2019 à 16:56 :
    • « "Les clitocybes sont des champignons basidiomycètes de la famille des Tricholomataceae." dit on.
      Les tricholomes de la saint Georges, c'est... »
    On se demande pourquoi Brassens a chanté Gare aux morilles et pas Gare aux tricholomes.
  • Clitocybe
    01/08/2019 à 18:26*
    • En réponse à Utilisateur supprimé #119 le 01/08/2019 à 17:59* :
    • « On se demande pourquoi Brassens a chanté Gare aux morilles et pas Gare aux tricholomes. »
    @