Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

A vue de nez / au pif / au pifomètre

Approximativement.
Au jugé, à l'estime.

Origine

Chez l'Homme, le nez est un outil extraordinaire et indispensable, que ce soit pour suivre le sillage d'une jolie donzelle parfumée, repérer qu'un vieil ivrogne est fâché avec le savon (ou se parfume à "Cramponne-toi, je m'déchausse !" de chez Hugo Miyake), humer l'excellente ratatouille de la maîtresse de maison ou du maître queux ou bien déceler l'approche d'une station d'épuration.
Sans compter la détection de quelques dangers potentiels liés au gaz, au feu et autres désagréments.
Que serions-nous sans notre nez, privés de nos sensations olfactives ?
Eh bien notre nez sert aussi à autre chose : à mesurer avec une précision toute relative des choses variées ("A vue de nez, cette carotte fait 17 centimètres", "Au pif, je dirais qu'il a 25 ans", "Selon mon pifomètre, il est 2 heures et quart").
C'est fou, non ?
Il faut rapprocher cet usage du nez et de ses variantes argotiques du 'flair'.
Quand un animal flaire quelque chose, avec son museau ou 'nez', c'est qu'il sent quelque chose qui l'attire, l'intéresse ou l'intrigue.
Quand un Homme a du 'flair' (forme argotique) c'est qu'il a de l'instinct, une certaine aptitude à prévoir ou deviner.
C'est de cette notion de 'deviner' (ou mesurer au jugé) grâce au 'flair' donc avec son nez qui est à la base de notre expression. Mais la vue restant quand même indispensable pour juger (à condition d'avoir "le compas dans l'oeil"), c'est bien "à vue de nez" qu'on fait notre estimation.
Les variantes en argot reposent sur le pif qui est soit le nez, soit la perspicacité (donc le 'flair'), le pifomètre n'étant qu'un pseudo-instrument de mesure basé sur le pif.
C'est aussi du 'gros rouge qui tache' (déformation de l'argot 'pive' pour le 'vin'), mais c'est hors de notre sujet, même si sa surconsommation permet d'en avoir un petit coup dans le nez.

Compléments

Il y en a des fois qui poussent le 'flair' un peu loin par ironie : quand quelqu'un dit "au pif, cette carotte fait 17,52 centimètres" ou "à vue de nez, il est 12 heures 37 et 58 secondes", c'est qu'il y a de la plaisanterie ou de la forfanterie dans l'air.

Ailleurs

Si vous souhaitez savoir comment on dit « A vue de nez / au pif / au pifomètre » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessous vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Pays de Galles Gallois Wrth amcan llygad À l'estimation de l'œil
Allemagne Allemand Frei (nach) Schnauze Librement (d'après) la gueule
Angleterre Anglais By rule of thumb Par règle du pouce
Espagne Espagnol (Hacer) a ojo (Faire) au coup d'œil
Espagne Espagnol A la pichilonga À la "longuebite"
Espagne Espagnol A ojímetro À l'oeilmètre
Espagne Espagnol A ojímetro À l'oeilmètre
Espagne Espagnol A ojo de buen cubero Selon l'oeil d'un bon tonnelier
Espagne Espagnol A vista de pájaro À vue d'oiseau
Espagne Espagnol Al tuntún Au tuntun
Canada Français Le viron : unité de mesure utilisée avec le pifomètre. On dit qu'un objet mesure en viron 10 Environ
France Français A bisto de nas À vue de nez
Italie Italien A lume di naso / A naso À la lumière du (en suivant son) nez / Au nez
Italie Italien A nasu En suivant (ce qui suggère) le nez
Italie Italien A occhio e croce À oeil et croix
Belgique Néerlandais Een timmermansoog L'œil de charpentier
Belgique Néerlandais Met de natte vinger Avec le doigt mouillé (estimer des circonstances, un nombre, le temps)
Belgique Néerlandais Ruw geschat Estimé rudement
Pays-Bas Néerlandais Met de natte vinger Avec le doit mouillé
Pays-Bas Néerlandais Met een timmermansoog À l'œil de charpentier
Pays-Bas Néerlandais Over de duim gemeten Mesuré par le pouce
Pays-Bas Néerlandais Zo op het oog À l’œil
Pologne Polonais Pi razy oko Pi fois l'oeil (Pi 3,14 multiplié par l'oeil)
Brésil Portugais A olho À l’œil
Brésil Portugais No cheiro / no cheirômetro À l'odeur / à l'odorimètre
Portugal Portugais A olho À l'oeil
Roumanie Roumain La ochi/ochiometru A l’œil/"œilmètre"
Ajouter une traduction

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « A vue de nez / au pif / au pifomètre » Commentaires

  • #1
    • <inconnu>
    • 06/03/2006 à 15:12
    J’aurais aimé que l’on s’attarde un peu sur cette autre acception du pif (ou "pive" donc) : le vin rouge, communément employée dans les bistrots sous la forme "un petit coup de pif, Marcel?".
    J’ai toujours considéré que l’origine de cet usage devait être la tendance du vin, bu en quantité, à modifier l’aspect du tarin, que ce soit en couleur à court terme, ou même en proportion et en texture à plus long terme. En effet, on observe chez le pochard aviné, selon les cas, un allongement, un épaississement et/ou l’apparition de capillaires violacées, tendance "feuille de vigne" faisant à force ressembler le renifloir à une "patate" de la variété Roseval...
    Existe-t-il une autre étHymologie?
  • #2
    • God
    • 06/03/2006 à 16:12
    • En réponse à <inconnu> #1 le 06/03/2006 à 15:12 :
    • « J’aurais aimé que l’on s’attarde un peu sur cette autre acception du pif (ou "pive" donc) : le vin rouge, communément employée dans les bist... »
    Libre à vous de vous attarder... mais justement, ne serait-ce pas parce que vous avez un peu trop consommé de pive que vous mettez un ’H’ majuscule à un mot qui n’en a même pas un minuscule (selon mon Grand Robert et La petite Rousse) ?
  • #3
    • Elpepe
    • 17/11/2007 à 00:27*
    Bon, là, God, je m’inscris en faux, et sur toute la ligne de vie. Car, sans même en avoir la moindre conscience, tu cites "à l’estime" dans tes significations, ou "le compas dans l’œil"... donc, des termes typiques de la Marine.
    J’explique : contrairement à toute espèce de pifométrie, naviguer "à l’estime", c’est-à-dire sans l’aide d’un GPS ou d’un quelconque appareil électronique dernier cri, mais avec une carte, une règle, un loch, un compas, un chronomètre et de l’observation-déduction, tu peux aller de Toulon à Ajaccio -et même plus loin- à la voile, pratiquement sans coup férir. D’ailleurs, l’essentiel de la préparation au permis hauturier consiste en l’apprentissage de ce type de navigation "à l’estime", qui obéit à des règles strictes et des calculs savants. En gros, avec un cap, une vitesse et une durée, tu sais où tu es (sachant d’où tu es parti... normalement !), mais dans la pratique tu dois intégrer d’autres paramètres complexes, comme la dérive dûe au vent, celle dûe au courant, l’"erreur du barreur" (que tu apprends à connaître, te concernant, en la mesurant), etc...
    Donc, l’estime, en navigation comme dans bien d’autres disciplines, le Jeune, sache qu’elle s’apprend, se calcule, s’évalue, jusqu’à l’obtention d’une marge d’erreur acceptable, voire quasi-nulle.
    En conclusion, je dirais que ton approche est strictement terrienne, et ne s’applique pas à l’expression "à vue de nez de marin". 😄
  • #4
    • Elpepe
    • 17/11/2007 à 01:12
    Exemples à vue de nez de marin (breton) :
    - Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer.
    - Quand le goéland se gratte le gland, f’ra pas beau temps. Quand il se gratte le cul, f’ra pas beau non plus.
    - La météo est une science qui permet de connaître le temps qu’il aurait pu faire. (Philippe Bouvard).
    - La grenouille au fond du puits ne voit pas la houle du large.
    - On ne doit pas deux fois heurter le même rocher.
    - Un marin qui meurt est une bibliothèque qui fait naufrage.
    - Tout ce qui branle ne tombe pas.
  • #5
    • cotentine
    • 17/11/2007 à 01:21
    • En réponse à Elpepe #3 le 17/11/2007 à 00:27* :
    • « Bon, là, God, je m’inscris en faux, et sur toute la ligne de vie. Car, sans même en avoir la moindre conscience, tu cites "à l’estime" dans... »
    Bof ! t’es pas encore revenu d’hier !tu te la pètes mon lapin !!!
    Elpépé ... tu as bien dû parfois naviguer à "l’aveuglette ", être "dans le potage" à cause du brouillard ? non ??? , ou alors t’es un trouillard qui a besoin de tous ses instruments ! 😄
    la "pifométrie" est aussi une unité d’estimation et d’ajustage ! va voir à cette page
    d’ailleurs le Père Fouras, dans ses énigmes ne décrit-il pas cet appendice comme ayant une arête, 2 ailes, et parfois comparé à un trompette, pas forcément bouchée !😉
    sans rancune, mon capitaine ... je te chambre !
  • #6
    • Elpepe
    • 17/11/2007 à 03:01
    • En réponse à cotentine #5 le 17/11/2007 à 01:21 :
    • « Bof ! t’es pas encore revenu d’hier !tu te la pètes mon lapin !!!
      Elpépé ... tu as bien dû parfois naviguer à "l’aveuglette ", être "dans le... »
    Je pense que tu n’as pas bien saisi mon propos... Et oui, j’ai déjà navigué dans le brouillard. Jamais par choix, car je suis en effet un marin trouillard, vivant et tenant à le rester, ayant besoin de tous ses sens -dont la vue- et de quelques instruments indispensables dont je parle en_3. Le GPS n’en fait pas partie.
    Mais moi aussi, je te chambre : aère... 😄
  • #7
    • hedgehog
    • 17/11/2007 à 06:17*
    • En réponse à <inconnu> #1 le 06/03/2006 à 15:12 :
    • « J’aurais aimé que l’on s’attarde un peu sur cette autre acception du pif (ou "pive" donc) : le vin rouge, communément employée dans les bist... »
    Cher Canard, bien trouvé le grand H qui fait un pied de nez à Robert Elpepe Leroux, faudra Proposer cette orthographe aux AA qui ont le sens de l’Humour.
    Bon WE à tous, et à toutes.
  • #8
    • syanne
    • 17/11/2007 à 08:11
    "Á vue de nez", une synesthésie : particularité neurologique qui fait associer deux sensations à celui qui en… souffre (ou bénéficie) ? En littérature, en tout cas, cela donne de suggestifs mélanges !
    Voyez à cette page
    Bon week-end à tous.
  • #9
    • memphis
    • 17/11/2007 à 08:39
    A vue de nez, de paris il devait voir le Mont Blanc! cette page
  • #10
    • OSCARELLI
    • 17/11/2007 à 08:40
    • En réponse à syanne #8 le 17/11/2007 à 08:11 :
    • « "Á vue de nez", une synesthésie : particularité neurologique qui fait associer deux sensations à celui qui en… souffre (ou bénéficie) ? En... »
    Et qu’est-ce qu’une synesthésie, je vous le demande?
    Serait-ce le contraire d’une anesthésie`?
    Je vous demande - après avoir salué tout le monde - d’accueillir la petite nouvelle qui s’est manifestée hier soir, avec un tout petit pet de lapin silencieux et peu odoriférant, et qui a signé aimablement Annie Bal.... Pseudo: Dadiche, qui nous vient des antipodes... Mais moi, je serais plutôt pro-pode, si vous voyez ce que je veux dire.....
  • #11
    • OSCARELLI
    • 17/11/2007 à 08:41
    • En réponse à memphis #9 le 17/11/2007 à 08:39 :
    • « A vue de nez, de paris il devait voir le Mont Blanc! cette page »
    Bonjour, ma toute belle, tu n’es plus sur les genoux, ce matin?
  • #12
    • momolala
    • 17/11/2007 à 08:50
    Bonjour ! Voici sur cette page une illustration de l’expression du jour ! je trouve cette photo superbe.
  • #13
    • momolala
    • 17/11/2007 à 09:04
    En italien "occhio" je crois, c’est l’oeil. "Pin-occhio" signifierait-il "à vue de ...nez" ?
  • #14
    • <inconnu>
    • 17/11/2007 à 09:45
    • En réponse à momolala #13 le 17/11/2007 à 09:04 :
    • « En italien "occhio" je crois, c’est l’oeil. "Pin-occhio" signifierait-il "à vue de ...nez" ? »
    Si je ne sais pas évaluer à vue de nez les choses, par contre, il y a des gens que je ne sens pas. Avez-vous pensé à cette expression-là? Je ne peux pas le/te sentir?Il y a des gens dont l’odeur nous incommode et c’est très subjectif. Ceux qui n’exhalent aucune odeur, c’est agréable dans le métro, mais pas dans la vie privée.
    A vue de nez, hier dans les bus (pas en grève), on approchait du WE et des bains dominicaux...
    Et à vue de nez, ce matin, tout est en retard, et mon boulot aussi. Je préfèrerai me sniffer au goémon....
  • #15
    • tytoalba
    • 17/11/2007 à 09:46
    Pour connaître l’origine de Pinocchio, voir cette page Ce personnage a inspiré de nombreux livres et beaucoup d’illustrateurs. cette page
    Bon week-end à tous.
  • #16
    • memphis
    • 17/11/2007 à 09:51
    • En réponse à OSCARELLI #11 le 17/11/2007 à 08:41 :
    • « Bonjour, ma toute belle, tu n’es plus sur les genoux, ce matin? »
    Aïe, aïe, aïe! Tu parles de choses qui fâchent là! A vue de nez une bonne année avant de retrouver l’usage du prie-Dieu... Pour parler d’autre chose et de quelqu’un qui a du nez (et une boutique magique au Palais-Royal): cette page
  • #17
    • <inconnu>
    • 17/11/2007 à 09:58*
    • En réponse à syanne #8 le 17/11/2007 à 08:11 :
    • « "Á vue de nez", une synesthésie : particularité neurologique qui fait associer deux sensations à celui qui en… souffre (ou bénéficie) ? En... »
    Merci Syanne de m’avoir rappelé ce beau poème.
    Et Rimbaud, lui, pensait à la couleur des lettres, encore un autre sens...
    Mais si nous en avons cinq ou six, de sens, l’olfactif semble être le principal... quoique... il y a aussi le toucher... quand nous disons "sentir".
    Mais sentir avec les yeux, avec les oreilles?
    Est-ce que ce ne serait pas CA, le sixième sens : sentir avec les cinq en même temps????, réussir à faire une synesthésie, donc à ce que le cerveau fasse les jonctions. Et là, c’est "du" Babrios, Plaute, ou La Fontaine. La chair est triste, certes, mais je n’ai pas lu tous les livres.
    En tout cas, j’ai les nerfs à fleur de peau. Dommage que cette fleur ne soit pas belle. Elle a des épines... qui piquent et déchirent.
  • #18
    • <inconnu>
    • 17/11/2007 à 10:00*
    • En réponse à God #2 le 06/03/2006 à 16:12 :
    • « Libre à vous de vous attarder... mais justement, ne serait-ce pas parce que vous avez un peu trop consommé de pive que vous mettez un ’H’ ma... »
    Existe-t-il une autre étHymologie?

    oui oui en Provence on a éthylomomologie 🙂
    quasiéthylo
    scuze God c’est pas à toi que je répondais, mais à Dessescanard.
    collé samedi, au bar ?
  • #19
    • momolala
    • 17/11/2007 à 10:08
    • En réponse à <inconnu> #17 le 17/11/2007 à 09:58* :
    • « Merci Syanne de m’avoir rappelé ce beau poème.
      Et Rimbaud, lui, pensait à la couleur des lettres, encore un autre sens...
      Mais si nous en av... »
    Pourquoi la chair serait-elle triste ? La chair est sensuelle et parce qu’elle l’est, elle ne peut être triste ! Même celle des ridées d’Alcalin hier soir vibre à la tiédeur de l’air, au sourire d’un parfum, à la lumière du soleil, à la saveur d’un chocolat et à bien d’autres choses que je ne saurais dire ici ...
    @Quasimodo
    Momo n’est jamais éthylo : elle préfère tenir que contenir !😄
  • #20
    • momolala
    • 17/11/2007 à 10:12
    • En réponse à <inconnu> #17 le 17/11/2007 à 09:58* :
    • « Merci Syanne de m’avoir rappelé ce beau poème.
      Et Rimbaud, lui, pensait à la couleur des lettres, encore un autre sens...
      Mais si nous en av... »
    Je n’avais pas vu la fin de ton message : après la pluie, vient le beau temps, celui qui prend le temps de fermer les blessures. Il reste les cicatrices mais, quand on les effleure, si on ravive un peu la douleur, on ravive aussi de jolis souvenirs. Ils ont dû être bien jolis pour faire aussi mal quand il faut les conjuguer au passé, non ?