Les expressions françaises décortiquées
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envoyer paître [v]

envoyer balader ; se débarrasser avec brusquerie ; envoyer promener ; se défaire de quelqu'un ; congédier quelqu'un violemment ; rejeter ; se débarrasser de façon brusque d'une personne gênante ; se débarrasser de façon expéditive et cavalière de quelqu'un

Origine et définition

On l'a oublié parce que qu'on ne l'utilise plus sous cette forme, mais le verbe paître a d'abord été transitif, puisqu'au XIIe siècle il signifiait, au sens propre, « nourrir un animal », version d'où nous vient repu, issu de repaître (également transitif à l'époque), toujours largement utilisé, qui cohabitait avec pu, pour « nourri » (lorsqu'on a été pu et repu, l'estomac est forcément bien rempli).
Ce verbe a aussi eu d'autres significations, de « conduire au salut », en religion, à « tromper », au XIIIe siècle, lorsqu'employé avec faire ; selon Rey et Chantreau, on a même eu au Moyen-Âge un faire paître avec soi qui signifiait « attirer dans son parti par des promesses ».
Aujourd'hui, le verbe est principalement intransitif, puisqu'on ne paît plus les animaux mais qu'on les fait paître lorsqu'on les mène aux champs brouter cette bonne herbe bien verte qui fait saliver tous les ruminants.
Et comme les champs « broutables » ne sont pas forcément à proximité immédiate de la ferme, faire paître les animaux, c'est souvent les éloigner vers un champ à distance. Il est donc aisé d'imaginer que notre expression est une métaphore de cet éloignement, l'importun étant brutalement envoyé au loin pour éviter qu'il continue à déranger.
Mais il faut savoir que si l'expression est apparue au XVe siècle (attesté en 1461 chez François Villon), dès le XIIIe, faire herbe paistre, également en rapport avec le sens de « tromper », s'utilisait pour « mener comme un sot, en dupant ». Ceci explique que, dans son Dictionnaire français publié en 1680, César Pierre Richelet, donne à notre locution la signification « envoyer promener comme un sot ».
De nos jours, on a donc oublié la sottise de l'importun pour n'en plus considérer que le côté dérangeant justifiant qu'on cherche à l'éloigner sans ménagement.

Exemples

« Et quand Edmond avait remis ça en le raccompagnant à la gare de Lyon, l'autre mois, le docteur Barbentane l'avait envoyé paître. »
Louis Aragon - Les beaux quartiers - 1936

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand jemanden zum Teufel jagen chasser quelqu'un auprès du diable
Anglais (USA) send someone packing envoyer quelqu'un faisant sa valise
Anglais to tell somebody to get lost dire à quelqu'un de se faire perdre
Anglais don't call us, we'll call you on vous appellera
Arabe (Tunisie) iemchi ichayett envoyer brosser
Arabe (Tunisie) iemchi zamar envoyer jouer du mizmar
Bulgare да изпратиш някого по дяволите envoyer quelqu'un aux diables
Catalan Engegar o enviar a pastar fang, a fer punyetes, a fregir espàrrecs o raves, a passeig. Engegar a dida. ( Despatxar algú de mala manera. Desfer-se'n. Expressió que serveix també per enviar-ho tot en orris )
Espagnol (Espagne) engegar a parir panteres envoyer accoucher des pantères
Espagnol (Espagne) mandar a hacer puñetas envoyer faire des manchettes
Espagnol (Mexique) mandar a volar / al diablo / a la chingada envoyer voler / au diable / à la baisée
Espagnol (Espagne) mandar al carajo envoyer à la bite
Espagnol (Espagne) mandar a tomar viento envoyer prendre du vent
Espagnol (Espagne) mandar a paseo envoyer promener
Espagnol (Espagne) mandar a lavarse el culo envoyer se laver le cul
Espagnol (Espagne) mandar a la porra envoyer au beignet
Espagnol (Espagne) mandar a la mierda envoyer à la merde
Espagnol (Espagne) mandar a freír espárragos envoyer faire frire des asperges
Espagnol (Espagne) mandar a freir monas envoyer frire des guenons
Espagnol (Espagne) mandar a coger ciruelas envoyer cueillir des prunes
Espagnol (Espagne) enviar algú a pastar fang envoyer quelqu'un paître dans la fange
Espagnol (Espagne) engegar a dida renvoyer à nourrice
Espagnol (Colombie) mandar a rodar envoyer rouler
Espagnol (Argentine) mandar a ver si llueve envoyer voir s'il pleut
Espagnol (Argentine) mandar a pasear envoyer se promener
Français (Canada) va voir chez le voisin si je suis là
Français (Canada) envoyer pèter dans les fleurs
Français (Canada) faire faire du vent
Français (Canada) aller se faire voir ailleurs aller se faire voir ailleurs
Français (Canada) envoyer chez le diable
Français (Canada) envoyer jouer dans le trafic
Gallois dangos y drws i rywun montrer la porte à quelqu'un
Grec μιλώ έξω από τα δόντια parler en dehors de ses dents
Hébreu ניער אותו מעליו le secouer de dessus lui
Hébreu נפנף אותו (nifnèf oto) flattez-le
Hébreu שלח אותו לכל הרוחות l'envoyer à tous les vents
Italien mandar a farsi benedire envoyer se faire bénir
Italien mandare a fanculo envoyer se faire enculer
Italien mandare a quel paese envoyer à ce pays-là
Néerlandais het bos insturen envoyer dans la forêt
Néerlandais met een kluitje het riet insturen envoyer avec une motte dans les joncs
Néerlandais (Belgique) wandelen sturen envoyer promener
Néerlandais (Belgique) afpoeieren envoyer promener
Portugais (Brésil) mandar à fava d'aller se faire voir
Portugais (Brésil) mandar pastar envoyer paître
Portugais (Portugal) mandar às favas faire chier
Portugais (Portugal) mandar catar coquinho envoyer chier petit
Portugais (Portugal) mandar lamber sabão faire lécher du savon
Portugais (Portugal) mandar passear promener
Portugais (Portugal) mandar pentear macaco coiffer
Roumain a expedia expédier
Roumain a se descotorosi se débarasser
Roumain a trimite la plimbare envoyer à la promenade
Roumain a trimite pe cineva sa te caute pe afara envoyer quelqu'un te chercher ailleurs
Roumain valea! la vallée !
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « envoyer paître » Commentaires

  • #1
    DiwanC
    25/10/2010 à 00:58*
    Il y a longtemps, Zeus* l’envoya paître... Depuis, Io herbeille à son gré dans les grilles de mots croisés...
    *God olympien !
  • #2
    PHILO_LOGIS
    25/10/2010 à 07:20
    Georges Frèche s’est rassis maintenant (de asseoir à nouveau... , qu’aviez-vous compris, petits canaillous?) !
    Il nous a tous envoyé paître!
  • #3
    PHILO_LOGIS
    25/10/2010 à 07:23
    Si je suis bien le raisonnement et l’explication "transitive":
    j’ai pu paître, aujourd’hui. Je suis donc pu.
    Mais je ne peux dire: j’ai repu paître aujourd’hui, je suis donc repu.
    Qui a dit que la langue sans fraise était facile...
  • #4
    <inconnu>
    25/10/2010 à 07:25*
    • En réponse à DiwanC #1 le 25/10/2010 à 00:58* :
    • « Il y a longtemps, Zeus* l’envoya paître... Depuis, Io herbeille à son gré dans les grilles de mots croisés...
      *God olympien ! »
    Bonjour,
    Quelques commentaires pour lancer qq "pistes" de réflexions.
    Envoyer sous les roses
    Envoyer au bain
    Envoyer se faire voir chez les grecs (ou chez les turcs...)
    Vas te faire...: voire, encu..., empaffer, foutre, etc,... Il y aussi, entendu il y a bien longtemps: Vas te faire plasir ou Vas te br...* 🙂
    Aller attendre sur la colline
    Les expressions "synonymes (sic) ne manquent pas. Quelqu’un a-t-il une idée (?) d’un dictionnaire des Expressions et citations de la langue française à recommander ? Papier ou site web (de type TLFI). Pour les sites web il y a bien sûr, Expressio !...
    Quant à paître, cela me faite penser à Averrel qui broute l’herbe quand il a faim et rien d’autres à manger. 🙂
    Bonne journée et bonnes idées à tous. Que la tempête de schéaîne sous vos crânes !
    * Entendu, lorsque encore en activité, j’étais encore affecté au groupe technique électrique de mon agence EDF. Il y avait une ambiance de language particulièrement fleuri...
  • #5
    PHILO_LOGIS
    25/10/2010 à 07:52
    • En réponse à <inconnu> #4 le 25/10/2010 à 07:25* :
    • « Bonjour,
      Quelques commentaires pour lancer qq "pistes" de réflexions.
      Envoyer sous les roses
      Envoyer au bain »
    Tu veux sans doute dire:
    envoyer sur les roses?
    Comme tu la présentes, ton expression voudrait nous faire passer six pieds sous terre, bouffer les pissenlits par la racine......
  • #6
    momolala
    25/10/2010 à 07:53
    • En réponse à <inconnu> #4 le 25/10/2010 à 07:25* :
    • « Bonjour,
      Quelques commentaires pour lancer qq "pistes" de réflexions.
      Envoyer sous les roses
      Envoyer au bain »
    Je dis plutôt "envoyer sur les roses" mais le résultat est le même. Il me semble que le "p" explosif de "paître" donne une expression synonyme plus brutale dans la forme. Mais ce que j’en dis ...
  • #7
    momolala
    25/10/2010 à 07:55
    • En réponse à PHILO_LOGIS #5 le 25/10/2010 à 07:52 :
    • « Tu veux sans doute dire:
      envoyer sur les roses?
      Comme tu la présentes, ton expression voudrait nous faire passer six pieds sous terre, bouff... »
    Tiens, il y avait longtemps que nous ne nous étions pas télescopés de bon matin ! Bonjour mon Filolo !
  • #8
    <inconnu>
    25/10/2010 à 08:04
    • En réponse à PHILO_LOGIS #5 le 25/10/2010 à 07:52 :
    • « Tu veux sans doute dire:
      envoyer sur les roses?
      Comme tu la présentes, ton expression voudrait nous faire passer six pieds sous terre, bouff... »
    Exact: Autant pour moi !
  • #9
    <inconnu>
    25/10/2010 à 08:10*
    • En réponse à PHILO_LOGIS #5 le 25/10/2010 à 07:52 :
    • « Tu veux sans doute dire:
      envoyer sur les roses?
      Comme tu la présentes, ton expression voudrait nous faire passer six pieds sous terre, bouff... »
    Les pisse-en-lit, pourtant poêlés avec des petits lardons, avec un peu d’oignon et d’ail..., un peu d’échalotte. Pas trop de chague, humm...
  • #10
    momolala
    25/10/2010 à 08:11
    • En réponse à PHILO_LOGIS #3 le 25/10/2010 à 07:23 :
    • « Si je suis bien le raisonnement et l’explication "transitive":
      j’ai pu paître, aujourd’hui. Je suis donc pu.
      Mais je ne peux dire: j’ai repu... »
    je suis donc pu

    Ben mon Filo, voilà un grand écart de conjugaison qui me permet de faire ma savante : le verbe paître n’a pas de participe passé et ne se conjugue donc pas aux temps composés (cette page). C’est normal : quand le veau, la vache, le cochon, la couvée ont terminé de paître, ils, elles digèrent. Ruminent. Au comble de la satiété. Voili, voilou.
  • #11
    syanne
    25/10/2010 à 08:47
    selon Rey et Chantreau, on a même eu au Moyen-Âge un faire paître avec soi qui signifiait « attirer dans son parti par des promesses »

    Je pense qu’ils le tiennent de Greimas qui cite faire paistre od sei avec cette même « traduction » : « attirer dans son parti par des promesses ».
  • #12
    syanne
    25/10/2010 à 08:53*
    • En réponse à <inconnu> #4 le 25/10/2010 à 07:25* :
    • « Bonjour,
      Quelques commentaires pour lancer qq "pistes" de réflexions.
      Envoyer sous les roses
      Envoyer au bain »
    Quelqu’un a-t-il une idée (?) d’un dictionnaire des Expressions et citations de la langue française à recommander ?

    Deux ouvrages différents dans la collection "Les usuels" des éditions Le Robert :
    > Dictionnaire des citations françaises, de Pierre Oster
    > Dictionnaire des expressions et locutions, d’Alain Rey et Sophie Chnatreau (auquel se réfère souvent, ici, notre vénéré God, dont tu pourras avantageusement consulter, d’ailleurs, la bibliographie).
    Mes amis, je boucle ma valise et m’en vais voir si ma maman, qui perd la mémoire, et mon tout-petit-fils, qui construit la sienne, vont me reconnaître, et non, je l’espère bien, m’envoyer paître !
    Je vous souhaite à tous une joyeuse semaine expressionautique et un soleil radieux, comme celui qui rosit ce matin le ciel de la côte, ici.
  • #13
    mitzi50
    25/10/2010 à 09:17
    • En réponse à syanne #12 le 25/10/2010 à 08:53* :
    • « Quelqu’un a-t-il une idée (?) d’un dictionnaire des Expressions et citations de la langue française à recommander ?
      Deux ouvrages différent... »
    Bonnes vacances, avec moyens de transport et carburant en q.s.p. comme disent les labos. D’ ailleurs l’ herbe est toujours plus verte chez le voisin (non, je ne t’ envoie pas paître pour autant, sinon, à la rigueur, de la salade !)
  • #14
    chirstian
    25/10/2010 à 09:22
    le verbe paître a d’abord été transitif,
    l’évangile nous dit que Jésus donna cette instruction à Pierre (qui est Pierre et...) : "Pais mes brebis". Je comprenais alors : "Paix, mes brebis !" et m’indignait du vacarme que ces brebis se permettaient de faire en un moment aussi solennel !
  • #15
    mitzi50
    25/10/2010 à 09:22
    C’ est vraiment "vache" d’ envoyer quelqu’ un paître, ce qu’ on ne peut faire grosso modo qu’ au présent, au futur et au conditionnel, même s’ il s’ agit de la pauvre Io, qui est loin d’ être de notre époque... Je vais essayer d’ utiliser le verbe brouter. Mais ne serai sans doute pas comprise par tous, tant est forte une expression (et tant crie-t-on Noël qu’ il vient....) Quant à Averell il bouffait même du savon, alors l’ herbe était, somme toute, meilleure.
  • #16
    Muscat
    25/10/2010 à 09:25
    • En réponse à mitzi50 #13 le 25/10/2010 à 09:17 :
    • « Bonnes vacances, avec moyens de transport et carburant en q.s.p. comme disent les labos. D’ ailleurs l’ herbe est toujours plus verte chez l... »
    Nous les vacances c’est la semaine prochaine...Et l’herbe n’est pas plus verte que chez vous au sens figuré s’entend!Car au sens propre oui elle est bien verte!
    Quant à attirer dans son parti par des promesses j’en connais qui pourraient se trouver dans le Guinness book!
  • #17
    mitzi50
    25/10/2010 à 09:27
    • En réponse à chirstian #14 le 25/10/2010 à 09:22 :
    • « le verbe paître a d’abord été transitif,
      l’évangile nous dit que Jésus donna cette instruction à Pierre (qui est Pierre et...) : "Pais mes... »
    J’ ai toujours trouvé curieux qu’ il n’ y ait pas "Pais mes béliers" dans le texte... Pourtant c’ est nécessaire pour avoir un troupeau digne de ce nom. Et, quand j’ avais 7 à 8 ans, moi aussi j’ avais mal compris - et me demandais pourquoi seules les brebis devaient vivre en paix ! C’ était en 1948, j’ étais alors en Egypte, et les manifs anti-Etat d’ Israël étaient nombreuses et bruyantes....
  • #18
    mitzi50
    25/10/2010 à 09:33*
    • En réponse à Muscat #16 le 25/10/2010 à 09:25 :
    • « Nous les vacances c’est la semaine prochaine...Et l’herbe n’est pas plus verte que chez vous au sens figuré s’entend!Car au sens propre oui... »
    Ca fait partie des expressions usuelles, pourtant ! Enfin, de ceux qui trouvent qu’ ailleurs c’ est toujours mieux... avant de découvrir d’ autres inconvénients. Chaque pays a les siens, et nous n’ échappons pas à la règle.
    Sur le plan des promesses, chacun sait qu’ elles n’ engagent que ceux qui y croient. Il n’ est que de voir les avis publicitaires mirobolants que je trouve dans ma boîte aux lettres. Alors pourquoi les politiques n’ utiliseraient-ils pas les mêmes ficelles ?
  • #19
    PHILO_LOGIS
    25/10/2010 à 09:39
    • En réponse à momolala #10 le 25/10/2010 à 08:11 :
    • « je suis donc pu
      Ben mon Filo, voilà un grand écart de conjugaison qui me permet de faire ma savante : le verbe paître n’a pas de participe... »
    Tu m’en diras tant.
    Et notre petit Godemichou adoré qui nous dit:
    On l’a oublié parce que qu’on ne l’utilise plus sous cette forme, mais le verbe paître a d’abord été transitif, puisqu’au XIIe siècle il signifiait, au sens propre, « nourrir un animal », version d’où nous vient repu, issu de repaître (également transitif à l’époque), toujours largement utilisé, qui cohabitait avec pu, pour « nourri » (lorsqu’on a été pu et repu, l’estomac est forcément bien rempli).

    Il nous a enduit d’horreur, alors? A la bonne heure!
  • #20
    PHILO_LOGIS
    25/10/2010 à 09:42
    le verbe paître a d’abord été transitif, puisqu’au XIIe siècle il signifiait, au sens propre, « nourrir un animal ...

    Si j’ai nourri un animal, c’est que je l’ai pu! Même si je n’avais ni la permission, ni la capacité... Il suffit parfois d’un peu d’eau d’Asse (commune au nord de Bruxelles)