Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

péter les plombs [v]

péter un câble ; perdre la boule ; piquer une crise ; criser ; perdre la tête ; flipper ; paniquer ; perdre la raison ; affoler ; disjoncter ; s'énerver brutalement et fortement ; devenir fou

Origine et définition

Aujourd'hui, dans les habitations relativement modernes, les dégâts causés aux appareils électroniques par les court-circuits et surtensions électriques sont limités (j'ai bien écrit « limités », pas « complètement empêchés ») par des disjoncteurs, ces petits boitiers munis d'un interrupteur, qu'on trouve rassemblés dans le tableau électrique central.
Lorsqu'un problème électrique survient, le disjoncteur saute et coupe le courant vers les prises et points lumineux qui lui sont reliés. Si le problème n'est pas un défaut d'un des appareils, il suffit de relever la petite manette du disjoncteur pour rétablir le courant dans la partie concernée. Comme quoi la modernité n'a pas que des inconvénients...

Mais autrefois, lorsque la technologie électrique n'était pas aussi avancée, la protection du réseau électrique intérieur se faisait par des fusibles qu'on appelait aussi des plombs, ellipse de plomb de sûreté ou plomb fusible, appellations qui datent de la fin du XIXe siècle.
Ces choses fabriquées en porcelaine () étaient ainsi nommées parce qu'elles comportaient un fil de plomb d'un diamètre variable selon l'intensité maximum du courant qui pouvait le traverser. En effet, la particularité de ce fil, qui était un point de passage obligé du courant, était de fondre[1] lorsque ce dernier était trop fort, comme dans le cas d'une surtension due à un orage, par exemple. Du coup, en fondant, le plomb coupait l'électricité vers la zone alimentée et en protégeait les appareils connectés.
Très pratiques pour l'époque, ces plombs avait quand même un défaut : pour remettre le courant, il fallait impérativement avoir en réserve du fil de plomb de différents diamètres et une lampe de poche ou une bougie, puisqu'il fallait y voir quelque chose pour remplacer le fil fondu et qu'il n'était pas question, comme on peut le faire maintenant, de tâtonner dans le noir pour trouver la manette du disjoncteur.

Ce plomb qui fondait ou qui pétait et qui, du coup, empêchait le fonctionnement de ce qu'il alimentait a produit la métaphore des années 1980 qui nous intéresse ici.
On y compare en effet le cerveau à un appareil électrique alimenté à travers des plombs ; et lorsque son propriétaire s'énerve brutalement ou se met à avoir un comportement aberrant, c'est que son cerveau ne fonctionne plus parce qu'il n'est plus alimenté, donc que ses plombs ont pété.
Et c'est tout naturellement, avec l'évolution de la technologie, la disparition progressive des fusibles (qui sont entretemps passés par des formes plus modernes et plus aisément remplaçables que les fils de plomb) et la généralisation des disjoncteurs que « péter les plombs » est petit à petit remplacé par « disjoncter ».

[1] Je rappelle à ceux qui l'auraient oublié que l'adjectif « fusible » veut dire « qui peut fondre ».

Exemples

« La qualification du Barça, mercredi, fut conforme à la dimension irrationnelle et dramatique qui rend les derniers tours de la Ligue des champions uniques en leur genre. Ballack et Drogba en ont pété les plombs en agressant quasiment l'arbitre M. Ovrebo. »
L'Équipe - Article du 6 mai 2009

« Vladimir Poutine a littéralement disjoncté à l'issue du sommet UE-Russie, lundi à Bruxelles. Mais seuls les Russes ont eu le privilège de s'en apercevoir. Les interprètes, fournis par le Kremlin, se sont en effet bien gardés de traduire en anglais ­ rien n'était prévu pour le français ­ les propos de leur dirigeant. »
Libération - Article du 13 novembre 2002

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand er ist total durchgedreht il a complétement pété un câble
Allemand wahnsinnig fou
Anglais (USA) to lose it le perdre
Anglais (USA) to have a cow accoucher d'une vache
Anglais (USA) to shit a brick chier une brique
Anglais to go apeshit devenir fou de rage
Anglais to go crackers devenir fou furieux
Anglais to go raving mad devenir fou furieux
Anglais freak out panique
Anglais to blow a fuse péter un fusible
Anglais (USA) to blow a gasket péter un joint
Anglais (USA) to blow one's top se péter le couvercle
Anglais (USA) to go ballistic devenir balistique
Anglais (USA) to go postal devenir postal
Arabe (Algérie) tarlou el karmoud il a perdu des tuiles
Arabe (Maroc) talla3ti liya ddem tu ma fais monter le sang
Espagnol (Argentine) se le saltaron los tapones les bouchons lui ont sauté
Espagnol (Espagne) Cruzàrsele un cable Se croiser un câble
Espagnol (Espagne) enloquecer devenir fou
Espagnol (Espagne) fundirsele a alguien los plomos se lui fondre à quelqu'un les plombs
Espagnol (Espagne) írsele la olla perdre la casserole
Espagnol (Espagne) volver loco devenir fou
Français (Canada) coller au plafond
Français (Canada) péter une coche devenir fou
Français (Canada) piquer une crise
Grec τα κάνω γυαλιά-καρφιά je mets tout en verres et en clous
Hongrois Nem ettem meszet! Je ne suis pas encore devenu assez fou pour faire ça !
Hébreu הדם עלה לו לראש le sang lui est monté à la tête
Hébreu יצא מדעתו il a perdu la tête
Hébreu קפצו לו הפיוזים les fusibles lui ont sauté
Italien sclerare aller hors de sa raison
Italien sbroccare aller/être hors de soi
Italien andare fuori di senno aller hors de raison
Italien uscire dai gangheri (cardini) sortir de ses charnières
Latin péter les plombs eundo insanus
Mongol галзуурах (galzuurakh) devenir enragé
Néerlandais woest worden devenir fou furieux
Néerlandais uit z'n dak gaan passer à travers son toit
Néerlandais flippen flip
Néerlandais door het lint à travers le ruban
Néerlandais de stoppen slaan door péter des fusibles
Néerlandais Over de rooie gaan (Va au-delà des limites) Aller au-dessus de la [marque] rouge [d'un compteur de vitesse]
Néerlandais rood voor de ogen zien voir rouge devant les yeux / perdre contrôle de soi-même
Néerlandais het bloed naar het hoofd voelen stijgen sentir le sang monter dans la tête
Néerlandais hels (of) ziedend worden devenir fou de rage
Néerlandais helemal doorgedraaid zijn avoir complètement perdu les pédales
Néerlandais door het lint gaan passer à travers le ruban
Néerlandais door de rooie gaan passer à travers "le" rouge
Portugais (Brésil) pirar brûler
Portugais (Portugal) perder a cabeça perdre la tête
Portugais ficar fora de si perdre le contrôle de soi-même
Portugais (Brésil) dar a luz accoucher specialement quand il s'agit d'un homme
Portugais (Brésil) cuspir fogo cracher du feu
Roumain a sări din ţâţâni sauter des gonds
Roumain a turba de furie furieux comme pris de rage
Roumain a-i sări capacele lui sauter les couvercles
Roumain a-i sări țandăra lui sauter l'éclat
Roumain a-şi ieşi din fire sortitir outre soi
Roumain a o lua razna partir sans but
Roumain a-i sări muștarul / țandăra lui sauter la moutarde/l'écharde
Roumain a-și ieși din minți aller hors de sa raison
Roumain lua razna prendre une rave
Russe у него/неё крыша поехала il / elle a perdu son toit
Turc devreleri yakmak brûler les circuits électriques
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « péter les plombs » Commentaires

  • Bichem
    24/07 à 12:10*
    • En réponse à syanne #25 le 12/10/2010 à 13:50* :
    • « Oui, Maupassant fut "plombé" au sens vénérien ! Il fréquentait assidument les prostituées*, comme nombre de ses congénères, et en récolta le... »
    ils étaient soignés au mercure


    Et bien ils auraient pu se renseigner sur leur traitement médical, ces intellos !!

    . Oui, à l'époque de Guy de Maupassant (la seconde moitié du XIXe siècle), les effets secondaires et la toxicité extrême du mercure étaient parfaitement connus par le corps médical et par la population.Le paradoxe de cette époque résidait dans le fait que la médecine considérait ces effets toxiques non pas comme un problème, mais comme la preuve de l'efficacité du traitement contre la syphilis....

    vive la médecine !?
  • Mintaka
    24/07 à 12:35
    • En réponse à Bichem #341 le 24/07 à 12:10* :
    • « ils étaient soignés au mercure


      Et bien ils auraient pu se renseigner sur leur traitement médical, ces intellos !! »
    Biche mercurielle ?
  • atheofv
    24/07 à 12:58
    • En réponse à Mintaka #340 le 24/07 à 10:47* :
    • « À ta question d'hier pour désactiver le mode IA, j'ai peut-être trouvé quelque chose mais ce n'est pas très convaincant.
      Quand tu es sur un... »
    Merci pour l'info.

    Mais je n'ai guère l'envie de bricoler.
    Surtout si l'ayant essayée tu n'y as pas trouvé de changement...
  • Bichem
    24/07 à 13:53*
    Trouv le film

    Un qui aurait pu péter les plombs

    Synopsis
    ... Avec des amis... Aron les quitte et continue son excursion solitaire.

    En descendant un canyon en fente, Ralston s'appuie sur une roche instable. Celle-ci bascule sous le poids du randonneur et tombe avec ce dernier en bas de la faille, coinçant son bras droit contre la paroi.


    Le soleil inondant un canyon en fente.
    Aron tente dans un premier temps, et pendant de longues minutes, de tirer de toutes ses forces sur son bras pour le retirer, puis de bouger le lourd rocher ; ces deux tentatives se soldent par un échec. Épuisé par ses efforts, Ralston décide de boire dans sa gourde mais se rend vite compte qu'il doit désormais économiser son eau. Comprenant qu'il est seul au milieu de nulle part, il décide de faire l'inventaire de tout le matériel qu'il a apporté (montre, poche d'eau, appareil photo numérique, caméra numérique, etc.) et s'empare du couteau multifonction pour tailler la pierre et la faire tomber ; il continue cette tâche pendant la nuit, pour se réchauffer, et attache une sangle autour du rocher et qu'il fixe à une autre roche. Il essaye de dormir, en vain.

    Le jour se lève et le soleil inonde le canyon, de quoi lui rappeler de vieux souvenirs d'enfance avec son père. Aron commence à se filmer lui-même avec sa caméra, à raconter ses mésaventures et à délivrer des messages à ses proches. Après avoir cru l'espace d'un instant qu'une personne se trouvait près de lui et pouvait le secourir, l'alpiniste réalise qu'il va devoir rester lucide pour ne pas tomber dans le désespoir. La nuit arrivant, et après s'être, cette fois, couvert pour affronter le froid, il montre des premiers signes d'hallucinations.

    Le lendemain matin, avec tous les cordages et mousquetons en place, Aron essaye de soulever, avec son bras puis avec ses pieds, la pierre, sans résultat. Il continue de tenir son journal de bord avec la caméra et annonce deux constatations peu joyeuses : le manque sérieux d'eau, dont le niveau diminue d'heure en heure, va l'obliger à boire son urine ; et sa main prisonnière semblant soutenir le rocher de grès, il va devoir s'amputer pour se libérer. Pour sa première tentative, et après avoir utilisé un garrot, il essaye de se taillader le bras avec la lame de son couteau multifonction mais cela ne l'a pas avancé. Cette liberté se manifeste d'ailleurs à lui avec un corbeau qu'il voit tous les jours.

    Après s'être remémoré certains souvenirs liés à ses parents et à sa sœur, puis à Rana, son ancienne petite amie, Ralston est réveillé par le tonnerre et affronte une pluie torrentielle. L'étroitesse du canyon faisant que l'eau monte très vite, il réussit à soulever la pierre grâce à l'eau et à retourner à sa camionnette. Arrivé chez Rana, il lui demande de l'aide sans pouvoir sortir des mots de sa bouche ; elle lui ferme la porte au nez. Cette vision se révèle, en fait, n'être qu'un rêve.

    Au lever du jour, perdant de plus en plus sa lucidité, il s'imagine invité d'un talk-show américain où le présentateur et un des auditeurs le tournent en ridicule ; il se rend compte alors de la gravité de son erreur de n'avoir donné aucune indication sur son excursion à ses proches, les recherches de la police sur sa disparition ne pouvant commencer qu'à une date où il sera probablement déjà mort. Revenu à lui-même, il semble faire ses adieux à ses parents après leur avoir dit ce qu'il avait sur le cœur et s'excuser. Aron fait alors une deuxième tentative pour s'amputer, après avoir maitrisé son angoisse, en plantant le canif dans son bras ; mais il ne peut continuer, ne pouvant pas casser les os avec son outil. La nuit venant, il continue de taillader la pierre avec son couteau mais est en proie à des hallucinations de plus en plus aiguës, comme si quelqu'un l'épiait, puis il voit diverses personnes le matin suivant comme les membres de sa famille, ses amis, auprès desquels il s'excuse de nouveau, ou encore Blue John, l'acolyte de Butch Cassidy qui a donné son nom au canyon.


    Le corbeau, symbole de liberté pour Ralston.
    À bout de forces, Ralston livre ses dernières pensées à la caméra ; le corbeau a disparu et il y voit comme un signe : il a réfléchi à tout ce qui lui est arrivé depuis son enfance et interprète cet accident comme un moyen de se racheter auprès de ses proches, de faire sa rédemption. Il inscrit la mention « R.I.P. Aron Ralston, 1975-2003 » sur la paroi rocheuse, comme sur une pierre tombale, au cas où les choses tourneraient mal pour lui.

    Après six jours et cinq nuits à essayer, sans succès, de se décoincer et complètement déshydraté, en manque de nourriture et souffrant d'hypothermie, Ralston aperçoit au lever du jour un petit garçon qui semble être son fils ; cette ultime hallucination lui permettra de se donner du courage et de prendre la décision extrême de s'amputer le bras droit pour de bon. Ne pouvant pas le couper directement avec son couteau multifonction de piètre qualité et usé après ses nombreuses utilisations, il utilise la roche pour broyer ses os, puis se sert de son canif comme poignard jusqu'à s'amputer, coupant chair, muscles, vaisseaux sanguins et nerfs, non sans mal, et ce pendant plus d'une heure. Cette coupure, cutanée, grossière, fait également courir un risque de septicémie non négligeable à Ralston, qui le presse donc à sortir de la faille.

    Enfin libre, il suit la faille et débouche sur un précipice, qu'il réussit à descendre en rappel à l'aide de son matériel et de son seul bras valide. Aron se met à marcher vers sa voiture située à 11 kilomètres, et alors que son état devient de plus en plus inquiétant, il rencontre des randonneurs et est sauvé. Il est emmené à l'hôpital en hélicoptère.

    Les dernières minutes du film montrent le personnage du film nageant avec un seul bras, et rencontrant le vrai Aron Ralston, avec sa femme et son fils né en février 2010. Aron Ralston continue à pratiquer l'escalade et l'alpinisme, cependant il indique toujours à ses proches où il compte se rendre.
  • Bichem
    24/07 à 13:59
    • En réponse à Mintaka #342 le 24/07 à 12:35 :
    • « Biche mercurielle ? »
    Alors je ne viens plus de mars !?
  • Mintaka
    24/07 à 14:26*
    • En réponse à Bichem #345 le 24/07 à 13:59 :
    • « Alors je ne viens plus de mars !? »
    Tu as simplement plus d'une corde à ton arc. Biche mutante, Biche multi-visages.
  • Mintaka
    24/07 à 14:30*
    • En réponse à Bichem #344 le 24/07 à 13:53* :
    • « Trouv le film

      Un qui aurait pu péter les plombs »
    Le film tiré de cet événement est 127 heures. Et 127 est un nombre premier, il ne manquait plus que ça.
  • lalibellule
    24/07 à 15:35
    • En réponse à atheofv #336 le 24/07 à 06:36 :
    • « L'utilisateur supprimé était sans doute un amateur du contrepet, mais qui n'osait l'avouer.
      Une discrétion qui l'honore ! On ne peut que l'... »
    Tu t’en rends compte, non ? C’etait Mintaka.
  • atheofv
    24/07 à 15:37
    • En réponse à Mintaka #347 le 24/07 à 14:30* :
    • « Le film tiré de cet événement est 127 heures. Et 127 est un nombre premier, il ne manquait plus que ça. »
    Pas pour toujours, car les premiers seront les derniers !

    C'est ainsi que ceux qui fanfaronnent comme le 12 (sous le fallacieux prétexte qu'il existe une clé éponyme) se verra relégué comme un simple nombre premier, divisible par 1 et par 12, en tout et pour tout !
    Non mais !
  • atheofv
    24/07 à 15:38
    • En réponse à lalibellule #348 le 24/07 à 15:35 :
    • « Tu t’en rends compte, non ? C’etait Mintaka. »
    Non ! Mintaka n'aurait pas osé.
  • Mintaka
    24/07 à 15:40
    • En réponse à lalibellule #348 le 24/07 à 15:35 :
    • « Tu t’en rends compte, non ? C’etait Mintaka. »
    Mais si qu'il s'en rend compte, il plaisante.
  • Mintaka
    24/07 à 15:41
    • En réponse à atheofv #349 le 24/07 à 15:37 :
    • « Pas pour toujours, car les premiers seront les derniers !

      C'est ainsi que ceux qui fanfaronnent comme le 12 (sous le fallacieux prétexte... »
    Tu as raison et peut-être même un nombre super-premier c'est-à-dire divisible par rien du tout, même pas par un et par lui-même.
  • lalibellule
    24/07 à 16:04
    On dit chercher la femme . Faudrait ajouter chercher Mintaka 🦠
  • atheofv
    24/07 à 16:20
    • En réponse à lalibellule #353 le 24/07 à 16:04 :
    • « On dit chercher la femme . Faudrait ajouter chercher Mintaka 🦠 »
    Mintachou en jupette et hauts talons !

    ça devrait valoir le détour ! Mais pas enchanter la Biche...